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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 21:46

Du 3 au 8 septembre, une épreuve internationale de haut niveau se déroulait sur nos routes ardéchoises : le Tour Cycliste Féminin International de l'Ardèche (TCFIA).

 

Dans la plus stricte intimité pour ne pas parler d'anonymat, près d'une centaine de concurrentes, venues de tous les continents, allaient en découdre au terme de 7 étapes qui sillonnaient les routes pentues du département.

 

A cette occasion, l'organisateur, Alain Coureon, ancien coureur cycliste amateur, avait sollicité le comité cycliste de l'Ardèche pour encadrer une équipe "mixte" composée de filles "isolées" ou qui, faute de moyens dans leurs "Teams", ne pouvaient prétendre à prendre le départ.

 

Bref, une solution de secours pour des championnes en quête de préparation avant les prochains championnats du Monde de Valkenbourg.

 

Le rôle de directeur sportif m'a donc été confié et je tenais à témoigner de cette expérience afin de faire connaître le quotidien d'une cycliste de haut niveau, vu par un ancien professionnel.

Je tiens à remercier Alain Coureon pour cette riche idée et je remercie également Olivier Blachère, André Prat et Raymond Dusserre, de l'UC Albenassienne qui m'ont épaulé tout au long de la semaine afin de proposer un service de qualité, à la hauteur du talent de notre équipe.

 

Témoignage...

 

Emma Pooley, tenante du titre, Sharon Laws (GBR), Rachel Neylan (AUS), Hanna Nilsson (SWE), Marijn De Vries et Petra Dijkman (NED) se retrouvaient au sein de l'équipe "Mixte 1".

 

Sous les couleurs du maillot de l'Ardèche notre équipe faisait figure d'épouventail dans le peloton.

Le 1er contact a eu lieu à la réception du... camping. Et oui, pas d'hôtel 3 étoiles pour ces demoiselles, certe un très beau camping, des mobils home très confortables, mais le décor est vite planté.

Avant de poursuivre, je souhaite préciser que l'organisation et son équipe de bénévoles font un travail formidable et propose le maximum pour que les filles soient dans les meilleures conditions et je veux simplement faire le parrallèle entre 2 mondes similaires (les hommes et les femmes) mais que tout oppose.

 

Les filles arrivent au compte goutte, certaines sont venues avec l'équipe des USA, d'autres avec la Suisse ou encore une équipe belge. Bref, le point commun est qu'elles ont toutes plusieurs heures de voiture dans les jambes ! Le prologue du soir va faire mal...

 

Après un premier "meeting" sur les coups de 15h, nous faisons connaissance et j'explique rapidement le déroulement de la journée qui va commencer.

 

Nous devons nous rendre à Vallon Pont d'Arc pour un chrono de 3 km, en sachant que nous n'avons qu'une voiture, 6 vélos à transporter, des homes trainers, les sacs... Pas de problèmes, les filles vons s'y rendre à vélo malgré un violent vent de face. Arrivé sur place, elles prennent connaissance de leur horaire de passage. Emma, tenante du titre s'élancera en dernier et devra patienter de longues heures sur le parking, assise dans la voiture ou à la terrasse d'un café.

 

Une fille qui a été championne du monde de Contre la Montre, 6ème des derniers JO, èrre dans les rues de Vallon Pont d'Arc au milieu des touristes, dans l'anonymat le plus total !

 

Les départs s'enchainent, le circuit tracé en centre ville bloque quelque peu la circulation des vacanciers. Personne ne prend la mesure qu'une épreuve de haut niveau se déroule sous leurs yeux. Quant à moi, novice dans ce milieu, je ne prend pas non plus la mesure de la qualité de mon équipe, même si je commence à me douter qu'on m'a fait un beau cadeau puisque plusieurs directeurs sportifs viennent me glisser à l'oreille : "Tu vas voir tu vas pas rester longtemps derrière le peloton..."

 

20h30, le protocole est terminé. Ce soir, comme tous les autres soirs de la semaine, nous mangeons sur le lieu d'arrivée de la course. Direction la salle des fêtes de Vallon. Il fait trop chaud dans la salle et une fois notre plateau repas rempli, nous décidons d'aller manger dehors, assis sur le goudron du parking, à la lueur d'un réverbere.

 

Je plaisante, en disant aux filles que c'est "exactement comme au Tour de France", alors que nous mangeons parterre.

 

Cette première journée est finie et je prie pour qu'il ne pleuve pas de toute la semaine car nous ne possédons que le stricte minimum (une voiture) et je me dis que cela peut vite se transformer en scénario catastrophe si la pluie s'en mêle...

 

Le lendemain matin, réveil musculaire pour notre leader, Emma, avec une petite sortie sur route d'1h tandis que Rachel et Sharon préfèrent un petit décrassage sur Home Trainer. Ensuite il est temps de nettoyer les vélos avec pinceaux, éponge et vieux chiffons. Elles prennent soin de leur matériel.

 

Signe que nous sommes en présence de filles, atelier couture pour Marijn qui ajuste le maillot de l'Ardèche, un peu trop grand, que je lui ai donné afin qu'il n'y ait pas de prise au vent.

 

Avant notre réunion quotidienne, les filles se préparent à manger : quinoa, muesli, céréales, etc... Ensuite nous discutons du parcours, de l'organisation du déplacement avant de parler de la tactique. Sur ce sujet, Emma Pooley, fait preuve d'une grande humilité et ne souhaite pas s'imposer. Evidemment, c'est une équipe mixte donc chacune pourrait prétendre à faire sa propre course. Mais surprise, des filles qui ne se connaissent pas forcément, souhaitent, le temps de cette semaine, ne faire qu'un seul groupe, fort et soudé.

 

Une fois la vaisselle terminée, en route pour un long voyage vers la ville de départ.

 

Jamais la durée des transferts pour rejoindre le départ ou pour rentrer au camping n'allait atteindre le moral de nos guerrières. "Combien de temps Christophe ?" "1h45..." "No problem" !

 

Petite sieste ou lecture du road book pour tuer le temps sur ces routes sinueuses, j'essaye de rouler tranquillement pour que personne ne soit malade à notre arrivée...

 

Et ce fût ainsi toute la semaine. A aucun moment une fille ne s'est plaint. Les autres équipes ont fait également preuve de solidarité puisque les USA lavaient leur linge, l'équipe de Bourgogne ou de Vienne Futuroscope nous proposaient leurs services pour les massages. Mais attention, des massages de 15 minutes tout au plus, pas comme sur un Tour de France ou chaque coureur est massé pendant 45 minutes !

 

Je n'ai pas encore parlé du côté sportif, mais j'ai été vraiment bluffé par la façon de courir des filles, la vitesse, le style, l'allure qu'elles ont sur le vélo. Ce sont de véritables championnes qui vont au bout d'elle même. Elles s'accrochent et même celles qui étaient lachées en début d'étape, terminaient avec plusieurs dizaines de minutes de retard. On n'abandonne pas. 

 

Le vendredi soir avant la fin de l'épreuve, Emma souhaitait que nous prenions le dernier repas tranquillement au camping, pour remercier ses co-équipières qui l'ont aidé à conserver son titre et se retrouver au calme plutôt que dans une grande salle des fêtes au milieu du brouhaha. Ainsi, après l'étape et la longue cérémonie protocolaire, arrêt au Super U de Ruoms pour faire quelques courses. Les filles, en tenue de cycliste, parcouraient les rayons sous les yeux étonnés des gens !

 

Enfin, dernière anecdote, le dernier jour baignade dans l'Ardèche pour toute l'équipe avant de monter sur le podium pour recevoir l'ultime maillot de leader pour Emma et les casquettes roses récompensant le classement par équipe.

 

18h30, tout le monde était près pour repartir chez soit avec un long voyage en voiture à la clé...

 

Bravo et beaucoup de respect à toutes. Elles n'ont certainement pas choisi le plus facile des sports, surtout lorsqu'on est une femme...

 

Christophe Edaleine 

 

 

 

 

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Published by Cedaleine - dans Archives 2012
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